Collecte Corne de l’Afrique: mais qui a dit que les donateurs ne se mobilisaient pas ?

Certaines associations ont été quelque peu déçues par les montants collectés sur l’urgence Corne de l’Afrique cet été. Beaucoup d’experts du secteur se sont lancés dans des explications pour analyser les raisons de ce « défaut de mobilisation ». Pourtant, les associations actives sur le secteur de l’aide d’urgence, accompagnées par adfinitas en France et à l’étranger, ont enregistré des dons record, voire bien supérieurs aux montants collectés lors du tremblement de terre en Haïti. L’une de ces associations, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, témoigne à travers l’interview de sa responsable de collecte de fonds, Ophélie Ruyant.

Adfinitas :
SOLIDARITÉS INTERNATIONAL avait-elle une légitimité à collecter pour la Corne de l’Afrique ?

Ophélie Ruyant :
Oui, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient en Somalie (Lower Juba et Galguduud) depuis plus de 4 ans et depuis plus de 5 ans au Kenya (North Horr) ; 7 expatriés et plus de 150 employés nationaux mènent des projets dans les domaines de la sécurité alimentaire, l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Nous venons en aide à des milliers de personnes touchées par cette sécheresse : distribution de coupons alimentaires, d’eau ou de systèmes de traitement de l’eau, de kits d’urgence. Nous continuons à mener nos projets à plus long terme dont l’objectif est de réduire la vulnérabilité des familles à la sécheresse.

Grâce à notre présence sur le terrain et notre connaissance de la zone, nous savions que la situation humanitaire était difficile et qu’elle pouvait dégénérer en crise étant donné les précipitations quasi nulles tombées au cours des deux saisons des pluies précédentes et les informations que nos équipes sur le terrain nous transmettaient.
Comme dans toute situation tendue, nous nous préparions à intervenir. Ensemble, nous avions programmé fin mai un message d’appel au don sur la sécheresse au Kenya. Mais pas sous le format d’une urgence.

Adfinitas :
Comment et quand avez-vous pris cette décision d’appeler vos donateurs à la mobilisation sous la forme d’une urgence?

Ophélie Ruyant :
La difficulté de changer le format d’appel au don tenait à la réponse à la question suivante : « Quand les médias français en parleront-ils ? »
Alertés par adfinitas que l’urgence dans la Corne de l’Afrique était relayée de plus en plus à l’étranger (médias et secteur associatif), nous avons tablé sur le fait que les médias français commenceraient à en parler dès la troisième semaine de juillet.
En effet, focalisés sur l’affaire DSK, les médias ne portaient aucune attention aux différents cris d’alarme lancés par l’ONU qui se faisaient de plus en plus forts à partir de mi-juin. Nous avons donc décidé, avec vous, de déposer ce message de fidélisation le 23 juillet. Et bien nous en a pris puisque le message est arrivé dans les boîtes, en plein dans le pic médiatique.

Adfinitas :
Est-ce que vos donateurs ont suivi votre appel à la mobilisation ?

Ophélie Ruyant :
Oui, plus que jamais ! Les résultats obtenus au global, pour une association comme la nôtre, sont historiques !
Le taux de couverture de notre message d’urgence est 3 fois supérieur à celui d’un message de fidélisation traditionnel !
L’ensemble de la collecte Corne de l’Afrique a été également dopé par la stratégie multicanal (papier, téléphone et Web) que vous nous avez proposée.
Sur Internet, par exemple, nous avons ainsi multiplié la taille de notre base donateurs en ligne par 1,5, ce qui nous a permis de collecter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ce qui est un vrai succès pour nous car notre collecte en ligne en est à ses débuts !

Adfinitas :
Si vous deviez résumer ce succès de collecte en trois mots ?

Ophélie Ruyant :
C’est simple, je dirais légitimité, réactivité et anticipation.
Sans légitimité, les donateurs ne vous suivent pas. Cela fait plusieurs années que nous agissons en Somalie et peu d’ONG sont présentes en intervention directe dans le pays. Il y avait urgence à étendre nos actions à un maximum de familles et à obtenir des fonds.
Sans réactivité et sans anticipation, le risque est d’être contraint d’envoyer deux messages d’appel au don (celui programmé et l’urgence) à quelques jours d’intervalle, ce qui n’est pas bon pour l’image de l’association… et encore moins pour le taux de couverture. C’est pourquoi la disponibilité et la souplesse de l’équipe qui nous accompagne sont primordiales.

Après, bien entendu, c’est la qualité des messages qui fait le reste !