Grands dons, grands dons... mais qu’en est-il des micro-dons ?

Alors que la plupart des associations visent l’objectif ultime, le grand don, d’autres semblent se tourner vers une stratégie totalement inverse : le micro-don. Le micro-don n’est pas une nouveauté et on peut même dire qu’il a de loin précédé toutes les autres techniques de collecte de fonds. De la traditionnelle urne sur le comptoir de nos magasins jusqu’à la quête dans la rue, il s’agit d’une méthode quasi ancestrale : les sollicitations de l’Armée du Salut, par exemple, étaient déjà d’usage à l’époque de nos grands-parents !

Alors pourquoi les micro-dons s’affichent-ils aujourd’hui comme la nouvelle tendance ?

En premier lieu, la plupart des donateurs ont moins d’argent à donner – certains ne peuvent tout simplement plus donner autant qu’ils en avaient l’habitude. Un article récemment publié dans le journal Chronicle of Philanthropy (États-Unis) illustre parfaitement la situation : le don moyen lié au séisme en Haïti était de 109 dollars, comparativement à 208 dollars pour le tsunami de 2004. La proportion des plus petits dons pour Haïti a été beaucoup plus importante, abaissant fortement le don moyen.
Il semble qu’il soit aussi, tout simplement, plus facile de donner plus souvent de petits montants plutôt que de donner des montants plus importants moins souvent.

Deuxièmement, les techniques de collecte de fonds sont en constante évolution. La traditionnelle collecte de pièces mentionnée précédemment est historiquement liée à l’Église (la charité, c’est le secteur « caritatif » !), le plus grand collecteur du monde ! Toutefois, certains organismes sont également très efficaces en collecte de monnaie, comme la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, qui a collecté 3,3 millions d’euros en 2010 via son « opération Pièces Jaunes », ou encore la célèbre quête de la Croix-Rouge.

Parmi d’autres remarquables campagnes de collecte de pièces historiques, nous pouvons citer celle réalisée depuis de nombreuses années au Royaume-Uni par Mare and Foal. Leur mailing est des plus simples : un carton carré avec trois trous de la taille d’une pièce de £ 1. Les donateurs n’ont plus qu’à mettre leurs trois pièces dans les cercles et à retourner le carton dans l’enveloppe réponse. Une astuce très efficace, non seulement pour récolter de l’argent mais également pour se constituer rapidement une base de données... Les donateurs sont alors rappelés quelques semaines plus tard pour que leur soit proposé le prélèvement automatique. Cette technique a été reproduite dans certains pays où il est possible d’envoyer de l’argent par la Poste (comme aux Pays-Bas par exemple), mais est à exclure dans les pays où le fonctionnement de la Poste est moins souple, en France notamment.

Au Royaume-Uni, aux États-Unis et plus récemment dans d’autres pays d’Europe occidentale, la retenue sur salaire – micro-don par prélèvement mensuel sur le bulletin de paie correspondant aux centimes – représente également une importante source de financement, mais souffre probablement de son manque de promotion au sein des entreprises.


Mais la technique qui a retenu toute l’attention des collecteurs de micro-dons ces deux ou trois dernières années est celle du don par téléphone portable.



Pour les organismes caritatifs qui avaient précédemment mis en place cette méthode de collecte, le tremblement de terre en Haïti en 2010 a déclenché une avalanche de petits dons comme jamais auparavant. La Croix-Rouge américaine, par exemple, a récolté 22 millions de dollars en une semaine !



Comment expliquer ce phénomène ? L’évolution de la technologie mobile conjuguée à la familiarisation des utilisateurs permet d’utiliser le téléphone comme un véritable terminal de paiement. Le succès connu aux États-Unis s’explique également par la parfaite maîtrise de la technique de don par téléphone, ce qui n’est pas encore le cas de tous les pays d’Europe. Enfin, il est important de souligner la bonne préparation de la Croix-Rouge et l’efficacité de sa campagne comme facteurs clés de cette réussite.

Le don via téléphone portable est source de nombreuses innovations. La dernière initiative de Justgiving au Royaume-Uni permet désormais à tout donateur ayant un téléphone portable de créer une page de collecte de fonds avec JustTextgiving.com. Le principe est simple : vous créez un code personnel JustTextGiving à 6 chiffres, vous l’envoyez à vos amis et ils n’ont plus qu’à envoyer la somme qu’ils veulent donner à votre cause par SMS, le code créé faisant office de numéro.

Le don par téléphone portable paraît dorénavant plus facile, accessible mais aussi plus sûr que les dons en ligne. Tant et si bien que la plupart des associations aux Pays-Bas, promeuvent le don par SMS non seulement par voie d’affichage, de spots TV et d’annonces presse, mais également sur les pages d’accueil de leur site Internet!

Simple et accessible, voilà ce qui caractérise la troisième raison pour laquelle le micro-don fait son retour sur le devant de la scène : les associations ont réalisé qu’il s’agissait de la meilleure façon d’atteindre un public plus jeune. Les jeunes sont plus disposés à faire des micro-dons car, bien sûr, cela rentre dans leur budget, mais surtout parce qu’ils peuvent le faire sur leur téléphone, leur outil de prédilection. Il correspond également à une tendance de consommation actuelle : l’achat par impulsion.



Le don par SMS peut en effet être comparé à un achat impulsif. Comme le dit David Patterson : « Tout comme l’exposition des marchandises dans un centre commercial stimule consommation et achats impulsifs, lorsqu’un organisme fait part de besoins ou de causes auxquelles les gens sont sensibles, cela peut provoquer, de manière impulsive, la décision de donner. Plus le montant du don sollicité est faible, plus il est facile pour quelqu’un de décider sur un coup de tête de faire un don. ».

Le Royaume-Uni a été le premier pays à se pencher sur de nouvelles façons de collecter des micro-dons et celles-ci ont été soutenues par le gouvernement : une annonce dans le Livre blanc du don, publié en mai dernier par le gouvernement, stipule que les banques britanniques et les opérateurs de distributeurs automatiques se sont mis d’accord afin de permettre de faire un don depuis la quasi-totalité les distributeurs de billets du pays à partir de 2012 ! L’entreprise The Bank Machine, dont les distributeurs automatiques participeront au programme, a estimé que si seulement 1 % des transactions était accompagné d’un don de £ 5, 150 millions de livres sterling  par an pourraient être récoltées !

 Et la proposition du gouvernement britannique va encore plus loin : les clients pourraient également se voir proposer de faire un don de manière systématique à chaque fois qu’ils effectuent un achat, que ce soit en magasin ou en ligne !



Plusieurs nouveaux programmes de micro-don ont été mis en place durant ces 12 derniers mois au Royaume-Uni : la Fondation Pennies, Give Change Make Change (donner votre monnaie, changer les choses) et Give as you Live (donnez comme vous vivez). Les deux premiers ont mis en place des partenariats avec la grande distribution, fondés sur le principe du prix rond (arrondi de la facture au chiffre supérieur, le surplus de centimes étant transmis aux associations partenaires). Le dernier propose aux donateurs de faire une liste de sites de vente en ligne sur lesquels leurs futurs achats déclencheront un versement à l’association de leur choix.



Bien que la somme collectée par ces initiatives du secteur caritatif soit encore relativement faible au Royaume-Uni, les perspectives de collecte dans les prochaines années sont très élevées.

En France, une autre initiative récente mérite d’être mentionnée: www.microdon.org. Le principe est similaire à celui de la carte cadeau disponible à la caisse des grands magasins ; seulement, au lieu d’offrir un bon d’achat à vos proches, vous l’offrez à un organisme caritatif : il suffit de choisir la carte cadeau correspondant au micro-don que vous souhaitez faire (1, 3 ou 5 euros) qui sera ensuite scannée comme n’importe quel autre produit par l’hôte de caisse.



Les initiatives innovantes se multiplient ; doit-on pour autant en conclure que le micro-don est l’avenir de la collecte de fonds ? Peut-être pas… mais les fundraisers ne peuvent se permettre de l’ignorer plus longtemps.

Si vous désirez savoir comment mettre en place une stratégie efficace de micro-don en Europe, contactez Karine Caby.